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L'iniquité de la dette

L’iniquité de la Dette

Jean- Claude. On évoque souvent la dette des pays pauvres ! Mais de quoi parle-t-on réellement ?

Paul : L’énorme dette des pays pauvres, - « pauvres », c’est-à-dire en voie constante de sous-développement, - n’est pas le résultat du hasard. Elle est à situer dans le cadre d’un programme de pillage avec les armes de l’endettement.

Ce pillage a commencé avec la domination coloniale des Amériques depuis le 16ème siècle, puis celle de l’Afrique et de régions asiatiques à la fin du 19ème siècle. La dette, telle qu’on l’entend aujourd’hui, remonte au début des années 1970, soit à plus de 30 ans. Il y avait à cette époque d’énormes quantités de capitaux disponibles ; en termes techniques on appelle cela des liquidités. Il s’agissait donc de trouver à qui prêter pour que ces capitaux rapportent des intérêts ; or comme l’ensemble des pays développés étaient déjà suffisamment endettés, les Etats, les banques et les entreprises se sont tournés vers le Tiers-Monde ; ils ont proposé des crédits pour le développement ; tous les pays pauvres ne pouvaient que souhaiter des moyens pour leur développement.

Les pays endettés ont donc commencé à investir dans des programmes d’équipement, comme la construction d’hôpitaux, de routes et faire progresser des systèmes scolaires ou de santé. Tout allait bien au début car les prêteurs avaient accordé 5 à 7 années de grâce pour rembourser. Mais, venu le moment de rembourser, les endettés se sont trouvés coincés. Pour s'aquiter de leurs dettes, ils doivent vendre à l’extérieur afin de disposer des finances nécéssaires ; or ils n’avaient pas assez de produits à vendre au Nord d’autant plus qu’ils étaient 135 pays endettés et qu’ils n’avaient entre eux tous qu’une quinzaine de produits à proposer. Ils étaient donc concurrents entre eux, et c’était à qui serait le moins cher. Situation aggravée par le fait qu’ils étaient totalement enfermés dans le commerce avec le prêteur, car le remboursement devait se faire dans la monnaie de celui-ci : à l’époque, c’était en dollars, en francs, en marks, en livres sterling ; ils ne pouvaient donc pas échanger entre eux. Les prêteurs auraient pu, bien sûr, acheter davantage de produits aux endettés mais ce n’était pas le problème des créanciers.

Jean-Claude : Le mécanisme en place était donc particulièrement machiavélique ?

Paul : La situation est devenue catastrophique quand le directeur de la Banque américaine, sous Jimmy Carter, a décidé une hausse des taux d’intérêts ; le taux de change du dollar est passé de 5 F. à 11F 50. Cette mesure augmentait considérablement les taux de remboursements qui devenaient insupportables.

Brusquement, en 1982, un premier pays, le Mexique, déclare qu’il ne peut plus payer, suivi en quelques semaines d’une dizaine d'autres. Alors, du jour au lendemain, les banques qui, jusque là, se précipitaient pour prêter toujours et encore, ont brusquement interrompu les prêts qu’elles consentaient à l’ensemble des pays du tiers-monde, c’est-à-dire qu’elles n’ont plus accordé aucun crédit d’argent frais, en liquide, utilisable pour faire quoi que ce soit. Du coup tous les investissement en cours : hôpitaux, routes en construction, machines dans l’attente de pièces de rechange, etc. ont été interrompus ; un gâchis considérable que les endettés ont dû payer comme si les investissements avaient été réalisés.

C’est alors que les pays prêteurs ont proposé le rééchelonnement de la dette, éventuellement étalé sur 20 ou 30 ans, sinon davantage, ce qui la renchérit encore davantage. Et quand les échéances ne peuvent pas être payées intégralement, les banquiers capitalisent les intérêts d’échéance en échéance, c’est-à-dire les joignent au capital, si bien que les montants des remboursements sont en constante augmentation. C’est la mise en route d’une dette sans fin. Un système ignoble, la poule aux œufs d’or.

Jean-Claude : Avec ce système, il est sorti plus d’argent des pays périphériques qu’il n'en est rentré. Même la Banque Mondiale a reçu de certains pays plus qu’elle ne leur prêtait. Ce sont bien les pauvres qui enrichissent les riches.

Paul : Qu’on en juge par l’évolution de ce fardeau : évolution de la dette africaine : 30 milliards en 1975, 90 milliards en 1980, 110 milliards en 1982, 350 milliards en 1999 ;

évolution de la dette extérieure cumulée des Etats d’Amérique latine : années 1970 : environ 60 milliards de dollars, en 1980, 240 milliards, en 1990 : 483 milliards, en 2001 : environ 750 milliards.

Pour faciliter les choses si l’on peut dire, les créanciers ont imposé aux endettés des Programmes d’Ajustement Structurel, autrement dit leur ont fait leur budget en sorte qu’ils économisent au mieux en vue de rembourser. Donc un régime drastique : équilibre du budget de l’Etat par réduction des salaires des fonctionnaires, du coût des services publics comme l’enseignement scolaire et la santé ; privatisation des services publics, dévaluation de la monnaie….

Jean-Claude : En somme, les dégâts de l’endettement s’appellent : augmentation du nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, chômage, mortalité infantile, maladies sans le secours des médicaments, la faim, le chômage. La faim dans le monde est aujourd’hui une des conséquences directes de la dette. Et à la dette il faut ajouter les subventions que les pays riches donnent à leurs agriculteurs pour concurrencer les productions de pays africains : céréales, coton, par exemple. Ces subventions ruinent des économies comme celles du Mali ou du Burkina-Faso dont le coton est la seule ressource.

Les pays du Nord tentent de justifier ces hémorragies financières en avançant l’idée que les lois qui régissent la dette seraient inévitables, immuables et quiconque toucherait à ces mécanismes mettrait en péril l’économie du monde. Et pourtant le G8 ne vient-il pas d'envisager l’annulation totale ou partielle de la dette de certains pays. Cette annonce est sur le plan idéologique une avancée puisqu'elle porte un coup à l’utilité de ce système ?

Paul : En attendant, le G8, réuni à Gengeagles en juillet 2005, devait effectivement annuler la dette de dix-huit pays pauvres d’Afrique. L’annulation à 100% serait d’un montant de 40 milliards de dollars, une mesure peut-être spectaculaire mais en fait dérisoire au regard de la totalité de l’endettement du tiers-monde, qui s’élève à 2 500 milliards de dollars.

Et si elle soulage momentanément les pays pauvres, l’annulation de la dette de 18 pays, présentée parfois comme « historique », ne coûte pas cher, en fait, aux bailleurs de fonds occidentaux, puisqu’il s’agit de créances considérées comme irrécouvrables. De plus cette annulation ne vise que les dettes publiques.

Jean-Claude : Jean Ziegler définit la dette et la Faim comme des armes de destruction massive. Nous avons vu l’arme de la dette. Il faut dénoncer maintenant l’arme de la faim. Le massacre, par la sous-alimentation et par la faim, d’êtres humains reste le principal scandale de ce troisième millénaire : un crime contre l’humanité. Un corps frappé par la faim ne résiste pas aux infections car ses forces immunitaires sont déficientes. La moindre attaque du moindre virus provoque la mort.

Actuellement 815 millions de personnes souffrent de la faim sur la planète. 30 millions en meurent chaque année : l’équivalent de plus de la moitié de la France. 1 mort toutes les 4 secondes. Le premier Sommet mondial de l’Alimentation réuni par l’ONU en 1996 avait décidé de ramener le nombre de personnes victimes de la faim de 800 millions à 400 millions d’ici 2015 ; cinq ans plus tard, au moment du deuxième Sommet de Rome en juin 2002 le total était passé de 800 à 815 millions. La faim continue donc de s’aggraver malgré les engagements pris. A Rome 180 pays étaient représentés, mais un seul chef d’Etat occidental était présent, le président en exercice de l’Union européenne, l’espagnol José Maria Aznar. Les chaises vides sont bien le signe de l’inexistence de toute volonté politique réelle.

A la faim structurelle, la faim organisée pourrait-on dire, il faut ajouter la faim conjoncturelle : inondations, sécheresses, mais aussi les guerres qui souvent résultent des politiques des colonisateurs: frontières établies sans respect des peuples, qui autrefois avaient une unité, pour mieux organiser le profit des riches, soutiens à des régimes dictatoriaux, véritables valets des pré carrés coloniaux. Des conflits nouveaux émergent avec l’appropriation de l’eau par la privatisation ou la maîtrise des fleuves, comme en Palestine où les Palestiniens sont privés de l’eau nécessaire aux cultures; l’appropriation des ressources pétrolières génèrent depuis longtemps un certain nombre de conflits du fait des protections des occidentaux qui veulent garantir leurs approvisionnements pour renforcer toujours davantage leur domination économique.

Quand les Français se désespèrent du nombre de réfugiés qui débarquent par n’importe quel moyen en France, ils oublient ou méconnaissent que les flux de réfugiés d’Afrique concernent avant tout massivement les pays africains. C’est le Sud qui prioritairement reçoit les réfugiés du Sud, des masses de chômeurs, avec les tensions induites et l’engrenage de la misère et de la faim.

Avec toute cette misère provoquée, on peut s’étonner que beaucoup de ces pays puissent encore payer des annuités, même incomplètes.

Paul : Certes les riches- les prêteurs- accordent quelquefois des allègement de dettes ; mais l’allègement ne fait qu’entretenir le système, la logique de l’endettement de celui qui ne peut toujours pas payer. Les riches prennent garde que les pauvres ne fassent pas totalement faillite, cela détruirait la poule aux œufs d’or. Aussi importe-t-il que la dette ne soit pas allégée, mais annulée. Parfois de bonnes âmes trouveraient immoral qu’on ne rembourse pas des dettes. Nous pensons nous être bien expliqué sur ce point. Précisons encore ceci : les banques, dans leur très grande prudence, ont depuis longtemps amorti ces pseudo-dettes qui figurent sans doute toujours dans les comptes d’exploitation.

La lutte contre la Faim et contre le désespoir des pauvres du Tiers-Monde, l’annulation de la dette relèvent d’une mobilisation vigoureuse et à long terme, qui passe bien avant des préoccupations étroites et secondaires. Cette question éminemment politique devrait être rappelée chaque année dans chaque comité du MRAP dans le cadre d’une campagne d’envergure nationale.

Entretien entre JC DULIEU Président du MRAP et Paul Muzard membre du Bureau Naional du MRAP, auteurs de plusieurs livres not. "En finir avec la guerre contre les pauvres " et "Engrenage et dynamique du racisme"

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