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Au fil de la première publication du Mrap "Droit et Liberté"

LES R(r)OMS, TZIGANES , MANOUCHES, GITANS … AU FIL DE LA PREMIERE PUBLICATION DU MRAP « DROIT ET LIBERTE »

I- UN PEUPLE ANCIEN ET DIVERS Un détour par l’histoire s’impose pour comprendre les enjeux de la lutte présente contre le racisme dont est victime le peuple tzigane. L’article « Un peuple, une histoire » (D&L N° 376, janvier 1979), dû à la plume de François de Vaux de Foletier, ancien Directeur des archives de la Seine et de la ville de Paris, en est le fil conducteur. C’est par l’étude de leur langue, le « Cib Romani », qu’il a été possible de situer en Inde/Pakistan leur point de départ (parenté avec le Sanskrit) puis de retracer leur long parcours migratoire. Dès le 10ème siècle, HAMZA d’Ispahan puis le poète FIRDOUSSI content l’arrivée de nombreux Tsiganes « réputés bon musiciens et dédaigneux de l’agriculture ». Ces Tsiganes enrichissent leur langue au contact des peuples qu’ils côtoient. Ainsi des mots d’origine arménienne et ossète, qui viennent s’ajouter aux mots d’origine indienne et iranienne, attestent de leur traversée de l’Arménie et du Caucase. Au 14° siècle, on mentionne leur présence dans l’empire byzantin, en particulier dans un port de l’ouest du Péloponnèse, Modob ( actuelle Methioni), appelée « la petite Egypte » pour sa fertilité digne du delta du Nil. D’où l’ appellation d’Egyptiens (qui devient Egitanos / Gitanos en Espagne et Egyptians / Egypsies / Gipsies en Angleterre). Du mot grec qui les désigne – Atsinkani – dérivent Tsiganes / Zingari / Zigeunes / Zigenaar / Cingaros. Pour échapper aux guerres (et aux persécutions), les Tziganes partent vers l’ouest (1417-1419), traversent la Hongrie et l’Allemagne jusqu’à la Baltique et redescendent en Suisse puis en France (porteurs de lettres de protection du roi de Bohême , ils seront appelés « Bohémiens »), vers la Bresse, la Bourgogne et la Provence, tandis que d’autres se dirigent vers les contrées du Hainaut, de Brabant, de Hollande et de Picardie. Par leur danse et leur musique, ils y suscitent d’abord curiosité et sympathie. Des « lettres papales » leur permettront de se poser en « pèlerins » et de se faire mieux accepter. Ils quittent les portes de Paris en 1427 pour l’Espagne (Aragon, Catalogne, Andalousie) où, contrairement à la légende, ils ne sont pas arrivés par l’Egypte et la côte africaine : aucun mot arabe dans leur vocabulaire ! Au début du 16° siècle, ils sont au Portugal mais aussi en Ecosse, en Angleterre, au Danemark, à Stockholm et en Finlande. D’autres groupes, venus des pays balkaniques, montent en Pologne, vers les pays baltes, la Russie et la Sibérie, émerveillés par leur musique. Bientôt les populations sédentaires locales les accusent de vols mais aussi de crimes sortis de l’imaginaire collectif (vols d’enfants). Leur choix : se sédentariser ou de s’en aller. A travers l’Europe, les Bohémiens errants sont soumis à la peine des « galères », au travail forcé et jusqu’à la peine de mort (décapitation et pendaison). En Hongrie, ils trouvent encore grâce par leur musique, le travail du métal, le maquignonnage. Les principautés roumaines de Moldavie et Valachie, en mal de main d’œuvre servile, les réduisent en esclavage (jusqu’ à l’édit de libération de 1856). Le point culminant de la persécution sera le génocide des Tziganes par les nazis (SAMUDARIPEN). Face au silence persistant sur un génocide « ignoré », Leuléa ROUDA, secrétaire général du Comité International Tzigane (D&L N° 333, 10/1074), lance une interrogation en forme de cri : « 500.000 Tziganes oubliés ? ». C’est à l’occasion du trentième anniversaire de la liquidation par les nazis du camp des Tziganes d’Auschwitz Birkenau, alors qu’une émouvante cérémonie était organisée à Budapest, « à la mémoire du demi million de Tziganes, dont 28.000 de nationalité hongroise, disparus dans les chambres à gaz, les fours crématoires et les fosses communes ».

II- LES LENDEMAINS DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE Un article du même Leuléa ROUDA, « Les Gitans, ces parias » (D&LN°290, 03-1970), retrace le cadre juridique de la présence tzigane en France. La loi du 16/07/1912 reste en vigueur, celle-là même qui avait instauré le « carnet anthropométrique » individuel (sur lequel doivent notamment figurer hauteur de la taille, du buste, envergure, longueur et largeur de la tête, diamètre bi-zygomatique, longueur de l’oreille droite, des médius, de la coudée gauche, du pied gauche…). Ce dernier doit être visé (police, gendarmerie, mairie) à l’arrivée et au départ de chaque halte, si courte soit-elle. Il est complété par le « carnet familial ». A ces humiliations indignes s’ajoutent l’absence complète d’aires de stationnement et les interdictions municipales de stationnement des nomades. Pour lutter contre cette loi indigne, avec le soutien résolu du MRAP, des associations (Comité International Tzigane, Association des Gitans et Tziganes de France…) voient le jour. Leurs efforts de sensibilisation de l’opinion publique ouvrent la voie à la loi du 3 /01/1969, relative non aux « nomades » mais au « personnes circulant en France sans domicile ni résidence fixes », dont l’entrée en vigueur sera retardée de plus d’un an ( par la loi du 21-12-1969) et qui abolit le carnet anthropométrique au profit d’ un « carnet de circulation » à faire viser seulement tous les mois, instaure le principe d’une commune de rattachement, ignore largement les conditions effectives du droit de vote et totalement le problème du stationnement qui affecte, en seule Région Parisienne, quelque 12.000 Tziganes nomades. La critique est sévère. Mais la nouvelle loi est aussi le fruit des travaux d’une commission interministérielle, créée en 1948 pour présenter au gouvernement des propositions de nouvelle politique à l’égard des populations « d’origine nomade ». Son ancien président, M. Pierre Join - Lambert, conseiller d’Etat, conteste pour une part (D&L N°294, 06-07/1970) la sévérité de l’article antérieur, soulignant plusieurs initiatives positives prises par les Institutions publiques depuis 1948 (dont la création à son initiative en 1949 d’ « Etudes Tsiganes » : www.etudestsiganes.asso.fr ) et conclut : « Beaucoup reste à faire » … « Les réalisations dépendront de l’état de l’opinion et en définitive des électeurs. Ce sont ces derniers, c’est la foule des français moyens et non le gouvernement qui, par leur crainte du voisinage des gens du voyage, par méconnaissance de leurs problèmes, rendent si difficiles la création de terrains de stationnement, notamment dans la région parisienne. La tâche essentielle qu’il faut poursuivre est de rallier l’opinion publique… ». Matière à réflexion et action pour le mouvement anti-raciste !

III- Le MRAP dans la lutte contre le racisme Dans l’article « Tziganes, Manouches, Gitans, Un même peuple » (D&L N° 298, 12/1970-01/1971) Vanko ROUDA rappelle que sur les 12 millions de Roms de par le monde, 2 à 3 millions seulement sont concernés par une certaine forme de nomadisme : en France, 50.000 tziganes nomades seulement sur une population de 200.000 personnes. Et déjà la chasse au nomade, les refus de service et d’accès aux viabilités… Le refus d’adduction d’eau par le village alsacien de Kaltenhouse, le harcèlement policier délogeant une famille de Sinté italiens de Bozano 5 fois dans une même journée, la violence d’un contrôle de gendarmerie à Villiers les Nancy ( D&L N° 346, 03.1976) défrayeront la chronique. Mais c’est l’article « Le dernier Voyage », par Jean-Louis Sagot-Duvauroux (D&L, N° 366, 02/1978) qui met le plus justement en lumière la tragique interaction entre le racisme ordinaire et la manipulation qu’en a fait la presse locale (Val d’Oise Matin, à Pontoise) lors de la mort de Pierre Vasseur sous la balle d’un gendarme qui s’était senti « menacé ». « La version donnée par le gendarme et reprise dans la presse locale est très significative d’une affaire où le racisme est présent d’un bout à l’autre. On cherche à déconsidérer la victime, ce « voyou », et le milieu dans lequel il vit, quitte à réveiller les vieilles craintes, comme lorsque l’on affirme, en parlant du camp nomade : « Les promeneurs solitaires s’y font agresser, il n’est pas bon de fréquenter ces endroits en pleine nuit », alors que, renseignements pris, il n’en est rien. On peut tuer un Algérien, comme Laïd Sebaï, ou un Tzigane, comme Pierre Vasseur et compter ensuite sur une « compréhension » de la population pour le responsable, puisqu’au fond, ce n’était qu’un gitan ! Et c’est aussi de ce racisme bien pratique (qu’on n’hésite pas à susciter), que Pierre Vasseur est mort ! » Le 3 novembre 1980 (D&L N° 398, février 1981), le MRAP organise à Montreuil le colloque « Tsiganes et Gens du Voyage dans la société française ». Il donnera naissance à la commission Tsiganes du MRAP et à certaines interrogations qui semblent garder une grande actualité : Le mythe du « Bohémien » sert, pour la société sédentaire, à exorciser ses propres démons et, à la limite, le Tsigane n’a pas besoin d’être là pour être rejeté. Le phénomène de rejet est d’autant plus fort que l’on est plus proche et ressemblant de ceux que l’on rejette…Matéo Maximoff, écrivain tzigane, concluait non sans humour quelque peu grinçant : « Vous nous reprochez de vivre dans des bidonvilles. Nous préférons vivre dans un bidonville horizontal plutôt que vertical… »

Le journal ‘Différences » qui succéda à « DL », intégra dès ses premiers numéros ce combat dans sa ligne éditoriale avec la parution de nombreux articles notamment avec le numéro spécial « différences » de mars 2000 intitulé « Tsiganes peuples mosaïque » photo ci jointe

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